
Edito
Acceptons-nous d'effacer la diversité des associations pour réduire des frais de gestion ? Voulons-nous augmenter les risques sociaux et donc leur coût négatif pour la société ?
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Associés, levez-vous ! |
Bénévoles et salariés des associations, loin d'être des accusés, des assistés, des demi-soldes des systèmes publics ou marchands, de nombreux responsables associatifs portent aujourd'hui les solutions, offrent des alternatives qui nous font penser que notre société a un avenir, un avenir humain, solidaire, protecteur et innovant en même temps. Ce texte-manifeste ne relève pas d’un discours incantatoire ou déploratoire, il veut promouvoir la pratique d'alternatives ou d'expérimentations concrètes existant au sein de l'économie.
Il manque une case ... politique !
Il est urgent de prendre conscience de la remise en cause des relations partenariales entre le secteur public et le secteur associatif, machine en marche qui aura pour conséquence la fin du mouvement associatif. Il est urgent d'agir pour que les hommes et les femmes qui se sont associés depuis plus d'un siècle, trouvent dans les acteurs associatifs d'aujourd'hui, leurs dignes successeurs.
Avec une crise simultanée de l’Etat-Providence et du modèle économique régulé, l'Etat sauve de la faillite le système financier en endettant durablement les classes moyennes, en ruinant un peu plus les pauvres. L'offre politique qui donne à choisir entre des nuances de gestion du système libéral et des protestataires irresponsables déprime l'électeur après l'avoir manipulé.
A l’heure de la restriction budgétaire, dans la seule logique de réduction des coûts de gestion, les injonctions à la fusion technique d'associations sont une hérésie à l’instar des logiques des grandes entreprises devenant des monopoles fragiles. D’autres modèles préservent la vie locale et sont déjà en gestation. On peut éviter de rationaliser sans projet les personnes morales nées de l'histoire collective. Quand pour tous les échelons territoriaux, de la ville ou du département, l’addition est lourde à l’heure des choix budgétaires, la politique simpliste est de réduire le nombre d'associations : une seule suffirait ?
C’est négliger les richesses non monétaires, l'utilité sociale, les liens produits par des habitants associés à des professionnels. Ce travail associatif de proximité est d'une autre ampleur qu'une structure de gestion territoriale. Son asphyxie, c'est une croissance exponentielle des coûts sociaux négatifs. Isolement, violence, exclusion, rupture, oisiveté, c'est combien ?
Sans exonérer la responsabilité politique, économique et publique des macro systèmes qui doivent être corrigés, nous demandons que les micro systèmes que nous produisons soient reconnus, financés, et puissent prendre toute leur place dans l'élaboration d'une citoyenneté active. C'est urgent et beaucoup plus ambitieux que de chercher quelques strapontins (avantages fiscaux marginaux, rôles prudhommaux, postes consultatifs).
Qui a dit : vivre et travailler autrement ?
Nous savons pourtant qu'à côté de nombreux modèles trompeurs, nous pouvons agir et nous invitons tous les acteurs du champ de l'économie sociale, coopérateurs, mutualistes, associatifs à manifester leur assurance que l'on peut vivre et travailler autrement. Car l'association est un projet collectif avant d'être un statut, car mutualiser c'est un choix volontaire, car la coopération entre les employeurs et les salariés est possible si nous faisons un pas de plus.
Les pièges sont très nombreux.
Croire ou faire croire que la société civile dépend à 100% de l'économie lucrative, de l'action publique et de la redistribution administrée, que les organisations non lucratives doivent être des entreprises managées par la technique et le financier, teintés d'un discours social, que l'utilité sociale se réduit à la production concurrentielle de prestations tarifées. Telles sont aujourd'hui les croyances les plus anesthésiantes, les plus collaboratrices qui nous guettent.
Affirmons ensemble notre rôle vital de production de biens socialement utiles, car notre société va mal : la souffrance de trop nombreuses personnes exclues, la violence des rapports interpersonnels, au travail, ou institutionnels, l'anomie de territoires entiers, la rareté de la participation, les effets de la mondialisation qu'aucun protectionnisme ne réduira, telles sont les sources de l'insécurité ...
Nous savons et nous prouvons !
Dans et par notre action :
- les liens sociaux locaux peuvent se nouer et se développer,
- les apprentissages sont illimités tout au long de la vie,
- le travail salarié peut être autre chose qu'une subordination mercenaire,
- les effets qualitatifs de notre action sociale, éducative, culturelle, économique (oui, économique!) offrent des perspectives et des richesses nouvelles à nos sociétés par le développement local, par l'emploi.
Nos initiatives civiles et notre économie sociale protègent les faibles au lieu de les punir, créent des activités et des emplois au lieu de financer la spéculation et les délocalisations, sécurisent les parcours d'insertion et de professionnalisation, inventent des relations de proximité, de bon voisinage au lieu d'opposer les milieux et les cultures, inventent de nouveaux modèles économiques cohésifs, autodistributifs, alternatifs, durables, en circuits courts.
Notre choix est vite fait, c'est celui du pot de terre.
Les appels d'offre et les agences de notation, le code des marchés et le code du travail peuvent-ils comprendre les valeurs économiques non marchandes, les valeurs morales et politiques qui ne produisent pas du pouvoir, les effets sociaux qualitatifs, de la bien traitance, de la prévention.
Nous proposons une autre démarche, plus expérimentale. Les élus locaux jusqu'aux responsables des Régions nouvellement élus peuvent s'en saisir : les associations sont mieux que des instruments, des relais ou pire des clientèles, nous sommes partenaires, acteurs, inventeurs de solutions. Nous acceptons tous les contrôles mais il faut donner de l'espace pour du sens, pour des projets, pour un foisonnement social qui est largement plus riche que l'entreprise lucrative.
Sans jouer à l'économie marchande, l'économie sociale solidaire doit trouver ses développements spécifiques avec des financements ad hoc, des concessions d'activités pour l'insertion, des mutualisations, de nouvelles formes d'organisation du travail avec le travail-associé, dans des coopératives de production revisitées, transparentes, et avec une participation effective des usagers et des salariés.
Alors à côté des systèmes de fer, nous défendons le pot de terre et nous montrerons que notre société est vivable, accueillante pour tous, y compris les sans-emploi, les moins qualifiés, les nouveaux arrivants, une société dynamique et toujours jeune.
Nous en appelons donc à vos témoignages de vécus, issus de vos pratiques dans les associations - que vous soyez bénévoles, salariés ou habitants d'un quartier ... nous appelons à montrer votre production de richesses n'est pas l'apanage du système marchand ... au contraire !Aux volontaires résolus à agir, à construire des solutions alternatives d'avenir, à approfondir les projets collectifs et développer de nouvelles relations de travail, prenons rendez-vous ... mettons en place la coopération émergente de demain. |

Association COOPAIRNIC